
Les romans policiers écrits par les femmes dans la tradition des Dorothy L. Sayers wt Agatha Christie, continuent à jouir d'une très grande popularité. Voici que dans le choeur cosmopolite des P.D.James, Elizabeth George, Dona León, Barbara Vine et autres Batya Gur , se mêle une voix française, Sarah Dars, qui d'un coup a publié deux romans policiers en février et juin de cette année. Et ce qui a naturellement suscité mon intérêt, le héros détective est un médecin indien et la scène l'Inde du Sud.
Je dois avouer que j'ai commencé ma lecture avec quelques doutes quant à la nature même d'une telle entreprise: dans un pays où les meurtres politiques et autres sont à l'ordre du jour, où la justice est lente à enregistrer les plaintes et où les procès traînent en longueur, plus que chez nous, où souvent le système (politique, policier et judiciaire) couvre les criminels, à quoi sert-il de faire rechercher et poursuivre un criminel par un détective?
Et voilà que Sarah Dars se pose ces mêmes questions, et y répond en se portant sur des personnages individuels, à problèmes personnels et psychologiques plutôt que de se lancer dans une analyse sociale.
Qui sont ces personnages? A Hyderabad on rencontre un riche sheikh, ou encore un industriel esthète et mécène de musiciens (dont sa 3e épouse, chanteuse célèbre). Le détective communément appelé Doc est médecin, fasciné par la médecine ayurvédique, philosphe érudit, amateur passionné de musique classique et pratiquant le kalaripayatt, art martial typique du Kérala. Son cousin qui travaille au Ministère de la Justice s'enrichit; des commerçants sont en proie à la mafia ; ...
Et les victimes? A Hyderabad: le sheikh, un imam, un commerçant; à Madras une jeune fille à peine sortie de l'adolescence.
Les criminels que je ne vous révélerai certainement pas, sont traqués grâce à l'intuition et l'intelligence rationnelle de Doc. Rien de spécialement indien à cela, si ce n'était le décor richement illustré de l'Inde du Sud avec son arrière-fonds plein de chuchotements, de demi-mots, de contrôle quasi permanent de la vie privée par les voisins.
Ce sont donc des romans qui d'un côté dépaysent le lecteur en le transportant dans un cadre exotique, mais qui de l'autre restent bien dans la tradition du polar classique. Au fil des pages on aimerait même quelquefois que Sarah Dars, "orientaliste passionnée de l'Inde", nous fasse un peu moins de leçons de géographie et de culture. Son approche générale est pourtant sympathique.
J'ai certes lu des romans indiens plus captivants, où l'on sent plus l'Inde vivre de l'intérieur (rappelez-vous Rohinton Mistry), j'ai certes lu des romans policiers plus passionnants. Mais c'est la première fois (du moins pour moi) où Inde et polar sont réunis d'une façon plus qu'agréable et distrayante, pour une lecture de vacances ou de soirées fatiguées. Je serais maintenant très intéressé à lire un "vrai" polar indien, écrit par un "vrai" indien. Peut-être en connaissez-vous que vous voudriez bien nous présenter.
Quoiqu'il en soit, attention, lecteurs et lectrices, si vous rencontrez un Indien originaire du Kérala brandissant un parapluie!
gb
Références: Sarah Dars: Nuit Blanche à Madras (ISBN 9 782877 304764) publié chez Picquier Poche, no.131, février 2000
Coup Bas à Hyderabad
(ISBN 9 782877 304986) également chez Picquier Poche, no. 140, juin 2000